Le salon 3D Print s’est déroulé à Lyon les 4,5 et 6 juin derniers. Il est temps de faire le point et de confronter les annonces à la réalité du marché.

Si l’emballement autour de l’impression 3D ne faiblit pas, peut-on en dire autant du marché ?

Il y a cinq ans, de nombreuses études prédisaient que le marché de l’impression 3D avoisinerait les 14 milliards de dollars en 2018 (les prévisions fluctuant de 11 à 16 milliards de dollars). Or, en 2017, le marché de l’impression 3D s’élevait à 7,3 milliards de dollars, et à 10 milliards de dollars en 2018. Cette année, il atteindrait à peine 11 milliards de dollars, soit la fourchette basse attendue l’an dernier.

En dépit de ce manque de dynamisme, les tendances et les chiffres présentés lors du salon restent ambitieux, avec une perspective de doublement du marché d’ici à cinq ans. Mais est-ce réaliste ?

Evolution du marché de l’impression 3D

 

En milliards de dollars

Croissance en %

Si le marché reste en progression sur les sept dernières années, celle-ci a clairement marqué le pas. La croissance de près de 40% observée en 2013 a connu un ralentissement significatif avec un point bas à 17,4% en 2016 et semble se stabiliser autour de 20%. Derrière cette moyenne de 20% se cache une importante disparité : alors que les fabricants de systèmes industriels enregistrent une progression, les imprimantes 3D « de bureau » (à moins de 5 000 dollars) sont en très fort recul.

La fabrication additive représente actuellement 0,1% du marché global de la production industrielle, un chiffre qui ne peut qu’être amené à croître, comme le disent les acteurs du secteur. Mais pourquoi, trente-cinq ans après les premiers brevets sur la stéréolithographie et en bénéficiant d’un engouement aussi affirmé (un engouement auquel a largement contribué le Président Obama en présentant l’impression 3D comme « la prochaine révolution industrielle » lors de son discours sur l’Etat de l’Union début 2013), le marché de l’impression 3D ne représente-t-il toujours QUE 0,1% du marché global de la production industrielle ?

Dans les années 80, les avancées conjointes dans le domaine du numérique et dans celui de la fabrication additive donnent naissance au concept de prototypage rapide. A la fin des années 90, l’outillage rapide se développe à son tour et plus récemment, la fabrication directe de pièces, toujours grâce aux procédés d’impression 3D.

Tout l’enjeu réside aujourd’hui précisément dans cette évolution vers la production de série, laquelle ne se fait pas sans difficulté. Citons-en quelques-unes parmi celles débattues à 3D Print :

  • La productivité, avec des cadences encore très éloignées de celles des procédés traditionnels.

  • Les coûts, qui demeurent très élevés tant en ce qui concerne les investissements initiaux que la production elle-même, en particulier dans le domaine du métal. A 3D Print, un observateur constatait une certaine désaffection des donneurs d’ordre vis-à-vis du LBM (Laser Beam Melting), le modèle économique associé à ce procédé suscitant des interrogations, au profit du Binder Jetting.

  • Les aspects HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement). A cet égard, il est intéressant de noter l’apparition sur le salon d’une structure comme ALVEO3D, spécialisée dans la filtration d’air pour l’impression 3D polymère et s’appuyant sur les recommandations de l’INRS pour la prise en compte des émissions nocives des imprimantes.

  • Le besoin de formation et de montée en compétences : l’un des avantages majeurs de la fabrication additive réside dans le fait que la complexité ne coûte pas plus cher. Mais concevoir des pièces complexes et inédites nécessite une expérience et des compétences aujourd’hui rares.

  • La propriété intellectuelle : l’OCDE estime que l’impression 3D devrait entraîner une perte de l’ordre de 100 milliards de dollars par an pour les titulaires de droits de PI au niveau mondial, rappelait Béatrice Ehrwein, du cabinet SELENE Avocats. Si le cadre légal existant permet déjà d’englober les nouvelles pratiques liées à l’impression 3D, sa démocratisation démultiplie de façon exponentielle les situations à risque. En outre, de nouvelles questions voient le jour, comme celle de la responsabilité ou de la sécurité en cas de défectuosité des pièces produites. Ces points avaient déjà été exposés lors de précédentes éditions du salon et nous regrettons quant à nous qu’au-delà de la contrefaçon, la question des nouveaux risqués de malfaçon intentionnelle n’ait pas été abordée. Rappelons qu’en 2016, des universitaires avaient délibérément et à des fins de sensibilisation saboté un drone en piratant l'ordinateur contrôlant l'imprimante 3D fabriquant les hélices de l'appareil. Le traitement de cette question et des possibles solutions envisageables pour y remédier, telle la blockchain, aurait été apprécié.

En synthèse, l’impression 3D fait encore face à de nombreux défis et il ne faut pas s’étonner que le cabinet GARTNER positionne dans sa « courbe du hype » 2018 l’impression 3D pour la production dans la « vallée de la désillusion ».